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250 € à 3 500 € |
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| du 01/06/2010 au 21/06/2010 |
Galerie Agora New york ,chelsea New York |
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Laëti de Flo
C’est à la nature que Laëti de Flo doit sa part de rêve et son « parti pris des choses ». L’eau, les galets, poissons, oursins, méduses et étoiles de mer enchantent son imaginaire. Ce petit monde muet que la science naturelle classe, décrit et suppose sans pour autant arriver à l’atteindre, l’artiste le reconsidère à sa façon, avec plaisir, gaîté et, peut-être même, avec philosophie.
Quand Henry Matisse peint ses poissons, traits rouges sur fond bleu dans l’espace fermé et transparent de la forme géométrique, c’est comme s’il essayait de voir combien, à l’égale de la vie, la peinture pouvait frétiller sans que cela ne lui incombe dans sa dimension sensuelle, dans son périmètre à elle.
Les poissons noirs de Georges Braque expriment la gravité de l’événement pictural. À sa première exposition, la raie étripée de Chardin comme le cri de Corrège anch’io son’ pittore ! se fait remarquer fantasque et moderne parmi des centaines d’autres tableaux.
Laëti de Flo envisage ses créatures pour les montrer telles qu’elles sont. Leur banale existence de dorades argentées, maquereaux ondoyants, carpes mystérieuses fascinent. Dans ce sens, elle est plus proche d’un Francis Ponge que de ses prédécesseurs peintres. En isolant et particularisant son modèle, le définissant presque, elle l’observe. Sa raie mouchetée flotte élégante et noire comme un ovni dans les abysses marins. L’artiste s’attarde à rendre sa magnifique transparence et la légèreté de son corps cartilagineux.
Parti pris des choses ?
L’attention qu’elle accorde aux maquereaux lui inspire la délicatesse du trait comparable à une calligraphie subtile proche de l’estampe japonaise : Maquereaux et jeux de mots.
Peintes sur bois, les traces douces et ondulantes des sanguines imitent la nage coquine des poissons rouges qui nous rappelle l’allure antique, fastueuse et décorative des motifs d’une mosaïque romaine, Rouge et or.
À ses Saint-pierres d’or bleu, minutieusement travaillés à la feuille d’or, l’artiste donne un effet pesant, iconique, byzantin, précieux, comme celui des portraits de saints orthodoxes.
Les élégants semblent avoir été exécutés durant les années Sécessionnistes à Vienne pour la villa d’une baronne Autrichienne. Oui, on rêve. L’artiste rêve aussi.
Et dans certaines toiles, elle rêve davantage :
Un banc de poissons disparaît dans le ciel telle une nuée d’oiseaux. Les cheveux d’une jeune femme se ramifient comme la couronne d’un arbre dont les branches comptent de dizaines de petits poissons multicolores... Comme si la peintre voulait montrer que les éléments de la nature extérieure et de la nature intérieure de la femme correspondaient intimement. Dans sa toile intitulée Muette comme… l’artiste explore d’une manière heureuse le côté symbolique des choses qui unit l’être doué de parole et le monde de ceux qui ne la possèdent pas.
Transgresser volontairement la vraisemblance, c’est une tendance que nous avons souvent remarquée dans les toiles des artistes femmes.
Ce geste entraîne souvent une sophistication de l’image. Nous voulons parler ici de l’utilisation abondante de la feuille d’or et d’argent, de la superposition des matériaux, l’alternance entre l’épaisseur et la transparence, entre les espaces ouverts et les espaces fermés, entre la réalité et la fantasmagorie qui emporte le spectateur dans une rêverie dense: Carpes dans un cerisier en fleurs, l’Arbre de lecture, etc.
Curieusement, la sensibilité de l’artiste marseillaise semble attirée d’avantage par la représentation délicate que nous admirions dans les œuvres d’artistes asiatiques que celle qui nous est offerte par des artistes qui ont travaillé sur les côtes méditerranéennes. Même ses oursins revêtent ce côté qui privilégie la ligne et exalte la partie décorative de son motif comme dans les estampes japonaises : Oursins gris.
Son grand tableau intitulé Koi avec Galets en reproduit aussi l’esprit, la simplicité et l’harmonie. La liquidité de l’eau est palpable et nous incite à la contemplation : Probablement, tout et tous – et nous-même – ne sommes que des rêves immédiats de la divine Matière… pour laisser à Francis Ponge le dernier mot.
Ileana Cornea Paris avril 2009 |
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